BIJOUX
INSPIRATION
Cette page fait partie de notre série d’exploration de l’histoire et de l’archéologie des civilisations du monde, dans le but de retranscrire certaines de leurs œuvres qui nous ont séduits sous forme de bijoux. Ici, nous parcourons l’Asie, des grandes civilisations anciennes aux vastes territoires des steppes eurasiennes.
Les cultures d’Asie ont développé des formes artistiques d’une grande richesse, allant des objets raffinés de la Chine antique aux créations nomades des peuples des steppes. Entre bronzes rituels, jades sculptés, motifs animaliers stylisés et ornements inspirés du monde équestre, ces traditions témoignent d’un lien profond avec la nature, les forces invisibles et les structures sociales. Qu’il s’agisse des symboles impériaux et cosmologiques de la Chine ancienne ou des représentations dynamiques d’animaux propres aux cultures des steppes d’Eurasie, ces univers ont produit un patrimoine artistique puissant et évocateur. Les formes, les matières et les symboles issus de ces cultures constituent une source d’inspiration fascinante pour la création de bijoux contemporains.
La Chine est un territoire immense, façonné par des millénaires d’histoire, et pourtant encore largement méconnu. Si l’on en connaît les grandes lignes, ses détails restent souvent obscurs, comme enfouis sous les couches du temps. Depuis quelques décennies, les avancées de l’archéologie permettent peu à peu de lever le voile sur cette civilisation ancienne, révélant des trésors oubliés, des tombes impériales et des objets chargés de sens.
C’est une terre de démesure, où les hommes ont construit à l’échelle de leur empire. Parmi les réalisations les plus emblématiques, on peut citer la Grande Muraille de Chine, la Cité interdite, le Temple du Ciel, l’Armée de terre cuite de Xi’an, ou encore les grottes de Mogao. Autant de lieux qui témoignent d’une maîtrise impressionnante de l’architecture, mais aussi d’une vision du monde profondément différente.
Découverte après découverte, de nouvelles connaissances émergent. Elles nous parlent des premiers hommes, des dynasties, des rituels funéraires et des croyances anciennes. Chaque objet, chaque vestige semble raconter une histoire, parfois fragmentaire, souvent mystérieuse.
C’est un voyage fascinant, entre puissance et énigme, où les formes, les symboles et les concepts s’éloignent de nos repères. Cette distance rend la Chine antique encore plus captivante, comme un monde à part, que l’on cherche à comprendre sans jamais totalement en percer les secrets. Elle invite à la curiosité, à l’exploration, et à un regard nouveau sur les objets anciens qui nous sont parvenus.
Nous sommes passés tout d’abord par une petite chose, pourtant essentielle dans le monde, et vraiment surprenante en Chine : la monnaie. Tout au long de son histoire, sont apparues des monnaies étranges dans leur design : des bêches, des couteaux, des cercles… un univers géométrique et symbolique fascinant, à la fois simple et chargé de sens.
Le collier Huo Bu (貨布) est donc inspiré d’une ancienne monnaie chinoise appelée monnaie bêche. Il s’agit ici d’une reproduction archéologique fidèle à ces formes anciennes. Les monnaies bêches trouvent leur origine sous la dynastie Shang. Leur forme est directement inspirée d’un outil essentiel de la vie quotidienne : la bêche. Cet objet agricole, lié au travail de la terre, symbolise la subsistance, le cycle des saisons et la relation entre l’homme et la nature. À travers ces monnaies, on retrouve une des premières formes de richesse liée à la terre et à la production. Elles se développent ensuite entre le 8eme et le 3eme siècle avant Jésus-Christ, avec des formes et des styles qui évoluent selon les régions et les époques.
Au fil du temps, ces monnaies vont se diversifier. On distingue notamment des bêches à pieds pointus, à pieds carrés ou encore à pieds arrondis. Leurs proportions changent, tout comme leurs inscriptions, qui deviennent de plus en plus présentes et stylisées. Certaines pièces deviennent presque abstraites, avec des signes qui relèvent autant de l’écriture que du motif décoratif.
Ces monnaies disparaissent progressivement avant de connaître une réapparition brève entre 9 et 23 après Jésus-Christ, sous la dynastie Xin. Cette période correspond au règne de l’empereur Wang Mang, qui tente de transformer profondément le système monétaire chinois. Il remet alors en circulation des formes anciennes comme les monnaies bêches et les monnaies couteaux, dans une volonté de retour aux origines. Cette réforme, bien que ambitieuse et riche en symboles, provoque une grande instabilité économique. Aujourd’hui, ces pièces sont surtout appréciées pour leur esthétique unique et leur dimension historique, témoins d’une époque de changement.
Le modèle Huò bù que nous proposons reprend cette forme caractéristique de bêche. Il se compose d’une partie supérieure carrée et de deux segments verticaux séparés en bas, qui peuvent faire penser à des jambes. Cette structure renforce l’impression d’une forme presque vivante, entre objet utilitaire et symbole humain. Dans la partie haute, un petit trou circulaire permettait autrefois de passer un lien afin de regrouper plusieurs monnaies ou de les porter. Ce détail rappelle les usages anciens, où la monnaie était aussi un objet que l’on manipulait, transportait et accumulait physiquement.
La surface de la pièce est marquée par une ligne verticale centrale et par des caractères en écriture sigillaire. Cette écriture ancienne, utilisée notamment pour les sceaux officiels, se distingue par ses formes équilibrées et élégantes, presque intemporelles. Sur la partie droite, on trouve le caractère Huo (貨), qui renvoie à l’idée de richesse, de valeur ou de monnaie. Il est lié historiquement à des objets précieux comme les coquillages cauris, utilisés comme moyen d’échange dans les premières sociétés. Sur la partie gauche, le caractère Bu (布) signifie à la fois "bêche" et "tissu". Ce mot évoque la forme de la pièce, mais aussi l’idée de diffusion, de circulation, comme quelque chose qui se répand. L’ensemble peut être compris comme une représentation du mouvement de la richesse, de l’échange et du lien entre les hommes.
Pour approfondir ce voyage à travers la Chine et son histoire, nous vous recommandons les livres suivants :
Nous avons été captivés par les cultures nomades des steppes d’Eurasie, qui incarnent une vision unique de la liberté et de l’adaptabilité. Ces peuples, profondément attachés à leurs chevaux et aux vastes espaces qu’ils parcouraient, ont su évoluer malgré les conditions rigoureuses, telles que le froid intense des steppes. Leur mode de vie, souvent marqué par des déplacements incessants et des défis climatiques, a pourtant forgé des guerriers redoutables, unis par une culture et des compétences exceptionnelles.
Les steppes, avec leur immensité et leur isolement, ont servi de terreau pour l’émergence de puissantes armées nomades, telles que celles dirigées par Gengis Khan. Ces nomades ont abandonné un mode de vie sédentaire et agricole autour du premier millénaire avant J.C., optant pour un mode de vie centré sur l’élevage extensif. Leur maîtrise de l’équitation, cruciale pour leur survie et leur succès militaire, leur a permis de se transformer en guerriers insaisissables, marquant profondément l’histoire de l’Eurasie.
Au fil des siècles, diverses ethnies ont peuplé ces steppes, chacune apportant ses langues, ses traditions et ses contributions uniques. Parmi ces peuples se trouvent les Cimmériens, d’origine iranienne ou thrace (du XIIIe au VIIIe siècle avant J.C.), les Scythes, également d’origine iranienne (du IXe au IIe siècle avant J.C.), et les Sarmates, eux aussi iraniens (du VIe au IVe siècle avant J.C.). Les Xiongnu, dont l’origine est incertaine, ont joué un rôle crucial dans la construction de la Grande Muraille de Chine, conçue pour protéger l’empire chinois contre les incursions. D’autres groupes notables incluent les Kouchans (Ier siècle), les Zianbels (156-234), les Hephtalites (VIe siècle), les Huns (IVe siècle), et les Mongols, fondés par le légendaire Gengis Khan (1206-1368), parmi de nombreux autres.
Ces peuples ont non seulement marqué l’histoire par leurs conquêtes, mais aussi par leur culture riche et diversifiée, façonnée par les vastes étendues des steppes eurasiennes.
Nous avons entamé notre exploration des steppes d’Eurasie en nous intéressant à un symbole central de ces cultures : le cerf. Dans les premières époques des cultures steppiques, le cerf était l’une des représentations les plus courantes sur divers supports artistiques, avant d’être progressivement remplacé par des animaux prédateurs, notamment le loup. Malgré cette prévalence, la signification exacte du cerf reste sujette à interprétation. Il est clair qu’il servait de totem-guide, souvent associé à des fonctions spirituelles profondes. La fréquence de ses représentations dans les contextes funéraires et certaines légendes indiquent que le cerf était perçu comme un guide des âmes, les protégeant et les accompagnant lors de leur voyage vers le ciel.
Pour notre première représentation de cerf, nous nous sommes tournés vers la célèbre princesse de l’Altaï, dont les tatouages offrent des indices précieux sur le rôle du cerf dans cette culture. Nous avons choisi de nous concentrer sur un tatouage particulier de cette momie de la culture Pazyryk. Ce tatouage présente un animal dont les attributs, tels que des bois se terminant par des fleurs et une corne recourbée vers l’arrière, suscitent des débats quant à son identification précise : cerf ou créature fantastique de type capricorne-griffon. Les pattes arrière de l’animal, orientées vers le haut, renforcent l’idée que cet être flotte, comme un guide des âmes.
Ce tatouage, ainsi que d’autres artefacts retrouvés dans les tombes des steppes, illustre l’importance du cerf dans l’imaginaire spirituel et artistique des peuples nomades. Les détails minutieux et l’iconographie complexe de ces représentations révèlent combien cet animal était vénéré et sacré. En tant que totem, le cerf symbolisait probablement la connexion entre le monde des vivants et celui des esprits, jouant un rôle crucial dans les rites funéraires et les croyances sur l’au-delà. Les bijoux inspirés par ces motifs ancestraux permettent de préserver et de rendre hommage à cette connexion sacrée.
Pour approfondir vos connaissances sur l’art et l’histoire des steppes Eurasiennes, nous vous recommandons les ouvrages suivants :